Quand un généalogiste débutant tape « Archives nationales » dans un moteur de recherche, il tombe rapidement sur plusieurs sites aux noms proches, aux missions distinctes, et parfois sur des acronymes qui ne lui disent rien : SIAF, ANOM, ANMT, CARAN. Ces institutions ne sont pas interchangeables. Elles conservent des fonds différents, répondent à des missions différentes, et s’adressent à des chercheurs avec des besoins différents.
Comprendre leur articulation est un préalable indispensable avant toute recherche sérieuse. Un dossier de naturalisation, un registre notarial parisien, un dossier de carrière d’un ancêtre fonctionnaire ou les archives d’une entreprise familiale ne sont pas conservés par le même service. Le portail France Archives recense l’ensemble de ces acteurs et permet d’interroger leurs fonds en un point d’entrée unique, mais encore faut-il savoir à quelle institution s’adresser et pourquoi.
Cet article propose une carte des acteurs institutionnels pour aider chaque généalogiste à s’orienter dans ce réseau.
I. Le SIAF : un acteur de coordination pour tous les services
Le point de départ de toute confusion vient souvent de la formule « Archives de France », qui désigne non pas un lieu physique mais une administration : le Service interministériel des Archives de France (SIAF). Rattaché à la direction générale des Patrimoines et de l’Architecture du ministère de la Culture, le SIAF définit, coordonne et évalue la politique de l’État en matière d’archives publiques. Il fixe les règles, élabore les textes réglementaires, contrôle les services d’archives sur l’ensemble du territoire et anime le réseau national.
Concrètement, le SIAF ne conserve aucun document d’archives consultable par le public. C’est un organe de pilotage et de régulation. Il a notamment lancé en 2017 le portail FranceArchives, qui agrège les inventaires de plus de 80 institutions partenaires en France et constitue aujourd’hui la porte d’entrée recommandée pour débuter toute recherche archivistique.
Depuis février 2025, le service est dirigé par Bruno Ricard.
II. Les Archives nationales : une institution nationale et plusieurs sites de conservation et de consultation
Les Archives nationales constituent le principal service de conservation des archives de l’État central. Elles ont pour mission de collecter, classer, conserver, restaurer, communiquer et mettre en valeur les archives des administrations centrales de l’État (à l’exception du ministère des Armées et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères), ainsi que les minutes des notaires de Paris et les fonds privés d’intérêt national.
Depuis le 1er janvier 2007, elles forment un service à compétence nationale, placé sous la tutelle du ministère de la Culture.
Pour les généalogistes, la distinction entre les deux sites actifs est fondamentale.
2.1. Le site de Paris, CARAN (11 rue des Quatre-Fils, 75003)
Le site de Paris accueille les archives publiques de l’Ancien Régime, du Moyen Âge à la Révolution française, ainsi que le minutier central des notaires de Paris. C’est ici que se trouve le bâtiment inauguré en 1988, le Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN), qui regroupe la salle de lecture, les instruments de recherche et les collections de la bibliothèque. Pour retrouver un acte notarial parisien, une lettre de cachet ou un document antérieur à 1790, c’est ce site qu’il faut cibler.
2.2. Le site de Pierrefitte-sur-Seine (59 rue Guynemer, Pierrefitte)
Inauguré en 2013 et conçu par l’architecte Massimiliano Fuksas, le site de Pierrefitte est le plus grand dépôt d’archives d’Europe. Il conserve l’ensemble des archives publiques postérieures à la Révolution française, ainsi que les fonds privés de toutes périodes. Dossiers de naturalisation après 1930, dossiers de carrière de fonctionnaires, archives des ministères du XIXe et XXe siècle : c’est ici que se concentrent la majorité des recherches pour la période contemporaine. Depuis le 1er janvier 2025, la commune de Pierrefitte-sur-Seine a intégré la ville de Saint-Denis.
Le site de Fontainebleau, troisième site historique, a achevé le transfert de ses fonds vers Paris et Pierrefitte entre 2020 et 2022. Il n’est plus actif pour la consultation.
La recherche dans les fonds des Archives nationales s’effectue en ligne via la Salle de lecture virtuelle, accessible depuis le portail institutionnel archives-nationales.culture.gouv.fr. Depuis juin 2023, un accès sécurisé à distance via FranceConnect permet de consulter des inventaires contenant des données nominatives non librement diffusables sur Internet.
Archives de France (SIAF) vs Archives nationales : deux entités distinctes
III. Les Archives nationales d'outre-mer (ANOM, Aix-en-Provence)
Les Archives nationales d’outre-mer constituent un service à compétence nationale distinct, installé à Aix-en-Provence depuis 1966. Elles conservent les archives de la présence coloniale française, soit 38 kilomètres linéaires de documents concernant plus de 40 pays sur cinq continents : archives des ministères chargés des colonies du XVIIe au XXe siècle, archives transférées des anciennes colonies lors de leurs indépendances, fonds privés et archives d’entreprises liés à l’outre-mer.
Pour les généalogistes dont les familles ont un lien avec les Antilles, la Réunion, la Guyane, l‘Algérie, l’Indochine ou d’autres territoires de l’ancien empire colonial français, l’ANOM est une ressource incontournable. Une partie importante des registres d’état civil numérisés est librement consultable en ligne sur le portail recherche-anom.culture.gouv.fr. Les salles de consultation sont ouvertes du lundi au vendredi de 9h à 16h50 (à l’exception du premier lundi de chaque mois).
Il faut noter que les ANOM ne traitent pas les demandes relatives aux protectorats du Maroc, de Tunisie, de Syrie et du Liban, ni celles concernant les carrières militaires outre-mer, qui relèvent du Service historique de la Défense.
IV. Les Archives nationales du monde du travail (ANMT, Roubaix)
Troisième service à compétence nationale issu du réseau des Archives nationales, les Archives nationales du monde du travail sont installées depuis 1993 à Roubaix, dans les murs de l’ancienne filature Motte-Bossut, monument historique du XIXe siècle. Leur mission est de collecter, classer, conserver et communiquer les archives des acteurs de la vie économique et professionnelle : entreprises, syndicats, associations, comités d’entreprise, organismes professionnels.
Pour les généalogistes, l’intérêt est concret : les fonds contiennent de nombreux dossiers de personnel, des registres du travail, des archives sociales qui permettent parfois de reconstituer la carrière et le quotidien d’un ancêtre ouvrier ou employé, principalement à partir du XXe siècle. Les inventaires et une partie des archives sont accessibles en ligne sur archives-nationales-travail.culture.gouv.fr.
V. Les archives des ministères des Armées et des Affaires étrangères : deux réseaux autonomes
Deux ministères gèrent leurs archives en dehors du réseau des Archives nationales. Le Service historique de la Défense (SHD, Vincennes) conserve les dossiers militaires individuels, les journaux de marche des régiments, les archives des conflits et les recensements de levée. La Fédération a consacré une page dédiée aux archives militaires pour aider les généalogistes à s’y orienter. Les Archives diplomatiques, désormais installées à La Courneuve, conservent les fonds du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, utiles notamment pour les recherches sur des Français établis à l’étranger ou sur des étrangers naturalisés.
Les services du réseau : ce que le généalogiste peut y trouver
Se repérer dans le réseau : France Archives comme porte d'entrée
Face à cette diversité institutionnelle, le portail FranceArchives constitue le point d’entrée le plus efficace pour débuter une recherche. Il agrège les inventaires de l’ensemble des services d’archives publics français, des Archives nationales aux archives départementales et municipales, et permet d’identifier rapidement dans quelle institution un document est susceptible d’être conservé.
Il ne donne pas accès directement aux images numérisées, mais oriente vers les sites des services concernés, qui proposent chacun leurs propres outils de consultation.




