L’immigration portugaise a durablement marqué l’histoire de la France. Derrière les grands mouvements migratoires du XXe siècle se dessinent des milliers de destins familiaux, entre départs parfois clandestins, installation dans un nouveau pays et transmission des racines portugaises aux générations suivantes.
Comme pour les Italiens en France entre 1850 et 1940, cette histoire constitue aujourd’hui un véritable patrimoine généalogique. Comment retrouver le village d’origine d’un ancêtre portugais ? Quelles archives consulter en France et comment poursuivre les recherches au Portugal ?
Entre histoire migratoire, mémoire familiale et exploration des archives, ce dossier propose de comprendre ces parcours et de retrouver les traces laissées par plusieurs générations.
01. Une présence portugaise en France bien antérieure aux années 1960
L’immigration portugaise en France ne commence pas avec les grandes migrations des années 1960.
Dès le XIXe siècle, des Portugais s’établissent sur le territoire français, notamment pour des raisons commerciales, artistiques ou politiques.
Leur présence demeure toutefois limitée, contrairement à celle d’autres populations européennes déjà nombreuses dans le pays.
1.1. Reconstituer une histoire sanitaire, pas établir un diagnostic
En 1876, le recensement français dénombre seulement 1 237 Portugais, contre plus de 165 000 Italiens et 374 000 Belges. Vingt ans plus tard, en 1896, ils ne sont encore que 1 280. Ces chiffres, étudiés par l’historien Victor Pereira, témoignent d’une immigration longtemps marginale.
Pour les généalogistes, retrouver un ancêtre portugais installé en France à cette époque demande donc d’examiner attentivement les circonstances de sa présence : activité professionnelle, réseaux commerciaux, exil politique ou liens familiaux. Les documents d’état civil, les archives locales et les fonds administratifs peuvent apporter les premiers éléments d’une enquête.
1.2. La Première Guerre mondiale, un premier tournant
La guerre de 1914-1918 modifie sensiblement cette situation. La France, confrontée à d’importants besoins de main-d’œuvre, recrute des travailleurs étrangers. Plus de 22 000 Portugais arrivent ainsi dans le cadre de l’effort de guerre, tandis que le Portugal, entré dans le conflit en 1916, envoie également des soldats combattre sur le front occidental.
Certains restent en France après l’armistice, notamment dans les régions du Nord et de l’Est. Les années suivantes voient cependant évoluer les conditions d’accueil, particulièrement avec la crise économique des années 1930.
Ces premiers mouvements laissent des traces documentaires différentes selon les parcours : archives militaires, documents administratifs relatifs aux travailleurs étrangers ou actes établis dans les communes françaises.
1.3. Les années 1960 : une immigration qui change d'échelle
C’est véritablement à partir de la fin des années 1950 que l’immigration portugaise connaît une progression spectaculaire. Selon l’INSEE, le nombre d’immigrés nés au Portugal résidant en France métropolitaine passe de 282 000 en 1968 à 655 000 en 1975, soit une augmentation de 132 % en seulement sept ans.
Cette transformation s’explique par les difficultés économiques et politiques du Portugal, mais également par les besoins de main-d’œuvre de la France et les réseaux familiaux déjà constitués entre les deux pays.
Ces chiffres mesurent la population immigrée présente en France lors des recensements, et non le nombre total de personnes arrivées pendant cette période. Ils illustrent néanmoins l’ampleur d’un mouvement migratoire qui transforme durablement les relations familiales, sociales et culturelles entre la France et le Portugal.
02. Pourquoi des centaines de milliers de Portugais quittent-ils leur pays ?
Pour comprendre l’ampleur des migrations portugaises de la seconde moitié du XXe siècle, il faut examiner la situation du Portugal sous l’Estado Novo, le régime autoritaire dirigé par António de Oliveira Salazar, puis par Marcelo Caetano.
Les départs résultent d’une combinaison de facteurs économiques, sociaux, politiques et familiaux. Les réduire à une simple recherche d’emploi ferait disparaître une part essentielle de cette histoire.
2.1. Un monde rural confronté à des difficultés économiques
Dans les années 1950 et 1960, une partie importante de la population portugaise vit encore dans des territoires ruraux où les perspectives économiques restent limitées.
Les petites exploitations agricoles ne procurent pas toujours des revenus suffisants. Dans certaines régions, les familles complètent leurs ressources par un travail salarié agricole ou industriel. Les possibilités d’ascension sociale demeurent restreintes.
Victor Pereira souligne le rôle de ces contraintes, mais aussi celui d’une véritable culture de la mobilité : pour certaines familles, partir à l’étranger constitue un moyen de financer une maison, d’acquérir des terres ou d’assurer un avenir différent aux enfants.
Le départ n’est donc pas nécessairement envisagé comme définitif. Il peut s’inscrire dans un projet familial dont le retour au Portugal constitue initialement une étape espérée.
2.2. La dictature et les guerres coloniales
À ces difficultés économiques s’ajoutent les contraintes politiques de l’Estado Novo. Le régime limite les libertés publiques et encadre étroitement l’émigration.
À partir de 1961, les guerres coloniales portugaises en Afrique créent un autre facteur de départ. Des jeunes hommes cherchent à échapper à l’incorporation, tandis que des opposants au régime choisissent l’exil.
Les travaux de Victor Pereira sur la politique d’émigration de l’Estado Novo montrent la complexité de l’attitude des autorités portugaises : tout en restreignant légalement les départs, le régime tolère de fait une partie des sorties clandestines.
Il serait néanmoins inexact d’attribuer les mêmes motivations à l’ensemble des migrants. Un travailleur parti pour améliorer les revenus de sa famille, un étudiant opposant au régime et un jeune refusant de participer aux guerres coloniales ne vivent pas la même expérience.
Pour le généalogiste, les circonstances historiques permettent de formuler des hypothèses, jamais de remplacer les preuves.
2.3. Le rôle déterminant des familles et des villages
Les migrations s’organisent également autour des liens de parenté et des réseaux locaux.
Un premier migrant installé en France peut aider un frère, un cousin ou un voisin à trouver un emploi et un logement. À mesure que ces réseaux s’étendent, plusieurs familles originaires d’une même localité portugaise peuvent se retrouver dans un même territoire français.
Ce fonctionnement présente un intérêt généalogique majeur. Lorsqu’un ancêtre reste difficile à identifier, les personnes qui l’entourent peuvent fournir des indices : une adresse commune, un témoin de mariage, un parrain ou un compatriote portant un patronyme déjà rencontré dans les registres portugais.
La recherche peut ainsi progresser non seulement à partir d’une personne, mais à partir de tout un réseau familial et villageois.
03. 1960-1975 : la grande migration portugaise vers la France
Les années 1960 représentent une rupture décisive. L’immigration portugaise change d’échelle et devient l’un des grands mouvements migratoires de la France contemporaine.
L’industrialisation, les besoins de main-d’œuvre des entreprises françaises et les réseaux déjà constitués favorisent cette croissance. Les départs empruntent cependant plusieurs voies : migration organisée, entrée régulière ou passage clandestin.
3.1. Une progression démographique exceptionnelle
Les données de l’Insee, publiées en août 2024 dans Insee Première n° 2011, permettent de mesurer cette transformation.
Entre 1968 et 1975, la population recensée augmente donc d’environ 132 %.
Ces données appellent une précision méthodologique : l’Insee dénombre ici les immigrés nés au Portugal résidant en France, quelle que soit leur nationalité actuelle. Les descendants nés en France ne sont pas comptabilisés parmi ces immigrés.
Les chiffres ne correspondent pas non plus au nombre total d’arrivées pendant une période donnée. Ils représentent une population résidant sur le territoire à des dates déterminées.
La comparaison historique doit également tenir compte de l’évolution du champ géographique des statistiques.
3.2. Le salto, ou la traversée clandestine
L’un des aspects les plus connus de cette migration est le salto, terme associé au franchissement clandestin des frontières.
Certains migrants quittent le Portugal sans autorisation, traversent l’Espagne et rejoignent la France par les Pyrénées. Ils peuvent recourir à des passeurs et effectuer une partie du voyage à pied ou dans des conditions difficiles.
Ces parcours ne résument toutefois pas l’ensemble de l’immigration portugaise. En décembre 1963, un nouvel accord de main-d’œuvre est signé entre la France et le Portugal. À partir de 1964, les autorités françaises tolèrent également certaines arrivées irrégulières et organisent leur régularisation, notamment à Hendaye.
Le Musée national de l’histoire de l’immigration documente cette politique d’accueil et les différences entre les positions des administrations française et portugaise.
La mémoire familiale conserve parfois le souvenir d’un départ effectué de nuit, d’une longue traversée ou d’une arrivée à la gare d’Austerlitz. Ces récits méritent d’être recueillis, puis rapprochés des documents conservés : photographies, correspondances, titres de transport ou papiers administratifs.
3.3. Champigny-sur-Marne et les difficultés d'installation
Le bidonville de Champigny-sur-Marne devient l’un des symboles des conditions d’accueil rencontrées par une partie des migrants portugais. Le Musée national de l’histoire de l’immigration évoque plus de 10 000 Portugais vivant dans ce bidonville au milieu des années 1960.
Les photographies de Paul Almasy et de Gérald Bloncourt témoignent des baraquements, des difficultés matérielles, mais aussi de l’organisation de la vie quotidienne.
Il faut cependant éviter toute généralisation. Tous les migrants portugais ne vivent pas dans les bidonvilles. Selon les lieux et les situations, ils peuvent être accueillis par des proches, logés par leur employeur ou s’installer directement dans des logements privés.
Leurs parcours professionnels sont également diversifiés. Le bâtiment et les travaux publics occupent une place importante, mais l’industrie, les services et certaines activités rurales participent aussi à l’emploi de cette population.
L’étude de Jacques Barou consacrée à l’immigration portugaise en Auvergne rurale rappelle notamment que ces installations ne se limitent pas à la région parisienne.
04. De l'immigration de travail à une histoire familiale entre deux pays
Les migrations portugaises ont souvent été racontées à travers les hommes venus travailler en France. Cette approche reste incomplète : elle ne rend pas suffisamment compte de la place des femmes, des enfants et des générations suivantes.
4.1. Les femmes, une histoire à ne pas laisser dans l'ombre
Les femmes participent pleinement aux parcours migratoires. Certaines rejoignent un conjoint déjà installé, d’autres émigrent pour exercer une activité professionnelle ou contribuent directement aux ressources et à l’organisation du foyer.
Leurs trajectoires ne se confondent pas nécessairement avec celles des hommes de leur famille.
Pour les recherches généalogiques, cette distinction est essentielle. Les documents professionnels ne sont pas toujours conservés et les informations administratives peuvent être dispersées entre plusieurs fonds.
Il faut également vérifier les différentes formes sous lesquelles une femme apparaît dans les actes français et portugais, sans supposer qu’elle adopte systématiquement le patronyme de son mari.
4.2. Le retour au Portugal, un projet qui évolue avec les générations
Dans de nombreuses familles, l’émigration est d’abord pensée comme temporaire. Les économies réalisées en France doivent permettre une amélioration des conditions de vie au Portugal.
Avec le temps, l’installation peut cependant devenir durable. Les enfants sont scolarisés, les logements changent, les relations professionnelles et sociales se développent.
Le 25 avril 1974, la Révolution des Œillets met fin à la dictature portugaise. Le Portugal engage sa transition démocratique, tandis que la France connaît une transformation de sa politique migratoire et suspend l’immigration permanente de travail la même année.
Ces événements modifient le contexte des migrations sans produire des trajectoires identiques pour toutes les familles.
L’entrée du Portugal dans la Communauté économique européenne, le 1er janvier 1986, constitue une autre étape importante dans les relations entre les deux pays.
4.3. José Baptista de Matos : une histoire individuelle pour comprendre une génération
Le parcours de José Baptista de Matos, né en 1934 à Alcanadas, au Portugal, illustre les motivations et les difficultés rencontrées par une partie des migrants portugais. En 1963, il quitte son pays avec un passeport de touriste, dans un contexte de difficultés économiques et d’opposition à la dictature de Salazar. Arrivé à Paris par le Sud Express, il séjourne quelques mois dans le bidonville de Champigny-sur-Marne avant de trouver une situation plus stable et de faire venir son épouse et ses deux enfants.
Son parcours professionnel le conduit des chantiers de travaux publics à la RATP, où il travaille pendant trente ans et participe notamment à des chantiers du métro parisien. Mais son histoire dépasse la seule réussite professionnelle : elle témoigne aussi des séparations familiales, des solidarités entre compatriotes et de l’importance accordée à l’éducation des enfants.
Son récit de vie, recueilli en 2005 par Xavier Baudoin pour l’Atelier du Bruit et présenté par le Musée national de l’histoire de l’immigration, est accompagné de photographies personnelles et d’enregistrements. Il constitue un témoignage historique particulièrement intéressant pour comprendre comment une migration individuelle s’inscrit dans l’histoire de plusieurs générations.
05. Retrouver un ancêtre portugais dans les archives françaises
Pour les descendants de migrants portugais, l’une des principales difficultés consiste à retrouver avec précision la localité d’origine de leurs parents ou grands-parents.
La recherche doit généralement commencer en France, à partir des documents familiaux et administratifs disponibles.
Il est particulièrement important de ne pas confondre une ville, une commune et un district portugais. Une origine simplement désignée comme « Porto » ou « Braga » peut ne pas suffire pour identifier le bon registre.
5.1. L'état civil français : retrouver la bonne identité
Les actes français de mariage et de décès constituent souvent les premières sources utiles.
Un acte de mariage peut indiquer les noms complets des époux, leurs dates et lieux de naissance, leur profession, leur domicile et l’identité de leurs parents. La présence de ces renseignements varie selon la période et les situations.
Un acte de décès peut également fournir des indications précieuses, même si certaines informations ont pu être déclarées par des personnes ne connaissant pas exactement l’état civil du défunt.
La recherche doit tenir compte des règles d’accès aux actes récents. La Direction de l’information légale et administrative, sur Service-Public.fr, explique notamment les conditions permettant à un descendant d’obtenir la copie intégrale de l’acte de mariage d’un ascendant.
Il est préférable de réunir plusieurs pièces concordantes avant de retenir définitivement une date ou un lieu de naissance.
5.2. Les dossiers d'étrangers et les archives locales
Les dossiers administratifs peuvent compléter l’état civil lorsqu’ils ont été conservés.
Selon les départements et les époques, les archives préfectorales peuvent comprendre des documents relatifs aux cartes de séjour, aux déclarations de résidence, aux demandes de naturalisation ou aux mouvements de population étrangère.
Ces fonds ne sont ni uniformes ni systématiquement numérisés. Leur consultation peut également être soumise à des délais légaux.
Le portail FranceArchives donne un exemple concret avec l’inventaire des archives du Calvados consacrées à la police des étrangers. Les archives de ce département signalent notamment des dossiers individuels couvrant certaines périodes du XXe siècle, y compris les décennies 1960 à 1990.
Cet exemple montre pourquoi il est indispensable de consulter les inventaires départementaux plutôt que de supposer l’existence d’un fichier national unique recensant tous les migrants portugais.
Les recensements anciens, les archives communales et les documents privés peuvent fournir des pistes supplémentaires, sous réserve de leur conservation et de leur communicabilité.
5.3. Les dossiers de naturalisation : une source à examiner
Lorsqu’un ancêtre a engagé une démarche pour devenir français, son dossier de naturalisation peut contenir des éléments biographiques et familiaux particulièrement intéressants.
Les Archives nationales indiquent conserver notamment les dossiers de demande ouverts de 1789 à 2012 sur leur site de Pierrefitte-sur-Seine.
Ces dossiers sont des documents d’instruction. Ils ne constituent pas, en eux-mêmes, une preuve de nationalité française.
Il faut également distinguer les personnes devenues françaises de celles ayant conservé leur nationalité portugaise. L’absence d’un dossier de naturalisation ne signifie donc pas qu’un individu n’a jamais résidé durablement en France.
Pour avancer efficacement, le chercheur doit commencer par identifier les informations déjà connues sur la nationalité et les éventuelles démarches administratives de son ancêtre.
06. Rechercher ses ancêtres au Portugal : les archives et la méthode
Une fois la localité portugaise identifiée, la recherche peut se poursuivre de l’autre côté de la frontière. Le Portugal dispose d’un réseau d’archives publiques particulièrement intéressant pour la généalogie, notamment grâce à la conservation de nombreux registres paroissiaux, actes d’état civil et fonds notariaux.
Pour entreprendre ces recherches, la Direção-Geral do Livro, dos Arquivos e das Bibliotecas (DGLAB) met à disposition un annuaire des services d’archives ainsi qu’un accès à leurs catalogues. Ces ressources permettent d’identifier l’institution compétente et de rechercher les documents conservés, parfois accessibles sous forme numérisée.
6.1. District, concelho et freguesia : trois niveaux à distinguer
Pour retrouver un acte au Portugal, il est indispensable de connaître les différentes divisions territoriales, car les registres anciens sont généralement organisés selon leur lieu de production.
La précision géographique est essentielle. Un acte mentionnant simplement « Porto » ou « Braga » peut désigner plusieurs réalités administratives. Il faut donc retrouver la commune, puis la paroisse exacte, avant d’identifier les registres correspondants.
Les archives de Braga et de Coimbra présentent des particularités institutionnelles, leurs fonds étant notamment conservés par des institutions universitaires. Pour Lisbonne, les fonds de l’ancien service d’archives de district relèvent désormais de l’Arquivo Nacional da Torre do Tombo. Les Açores et Madère disposent également de leurs propres structures régionales d’archives.
6.2. Avant et après 1911 : le tournant de l'état civil portugais
L’année 1911 constitue une date déterminante pour les généalogistes.
Après l’instauration de la République portugaise en 1910, le décret du 18 février 1911 rend obligatoire l’enregistrement civil des naissances, mariages et décès.
Cette évolution est expliquée par l’Arquivo Distrital de Beja, qui présente les fonds relatifs à l’état civil et rappelle leur fondement juridique.
Pour les recherches antérieures à cette réforme, les registres paroissiaux de baptêmes, mariages et sépultures constituent généralement les principales sources nominatives.
Les registres plus anciens peuvent remonter à plusieurs siècles, mais leur couverture dépend des paroisses, de l’état de conservation et des éventuelles lacunes.
Le guide officiel de généalogie de l’Arquivo Nacional da Torre do Tombo recommande précisément de commencer par les actes de baptême, de mariage et de décès afin de reconstituer les générations successives.
6.3. Où se trouvent les registres portugais ?
Les documents les plus anciens sont généralement conservés dans les Arquivos Distritais. Les actes récents relèvent habituellement des Conservatórias do Registo Civil, suivant les règles portugaises de conservation et de transfert.
Le guide de la Torre do Tombo indique notamment que les registres de moins de cent ans se trouvent normalement dans les services de l’état civil, tandis que les plus anciens sont en principe déposés dans les archives de district.
Cette indication ne dispense pas de vérifier la localisation du registre concerné. Certains fonds, notamment pour Lisbonne, sont conservés à la Torre do Tombo.
Pour les actes civils plus récents, l’Instituto dos Registos e do Notariado, organisme officiel portugais, présente les démarches permettant de demander des certificats de naissance, de mariage ou de décès.
Il convient de distinguer la consultation d’un registre ancien numérisé et la délivrance d’un certificat officiel, dont les conditions et les éventuels frais peuvent différer.
6.4. Digitarq : le portail incontournable des archives portugaises
Le portail officiel Digitarq permet de rechercher des descriptions archivistiques et de consulter les reproductions numériques disponibles dans les institutions participantes.
Son intérêt réside dans la possibilité d’effectuer une recherche par fonds, par localité, par période et par type de document.
Mais il existe une distinction capitale : un registre numérisé n’est pas nécessairement un registre dont tous les noms ont été indexés.
Un chercheur peut donc identifier le bon livre de baptêmes, puis devoir parcourir ses pages pour retrouver l’acte recherché.
Pour organiser la recherche, il est conseillé de relever systématiquement le nom du dépôt, l’intitulé du fonds, la cote du registre, les dates couvertes et la référence de l’image consultée. Ces éléments permettront de retrouver et de vérifier ultérieurement la source.
6.5. Aller plus loin que les actes paroissiaux
Lorsque les filiations sont établies, d’autres fonds portugais peuvent enrichir l’histoire familiale.
La Torre do Tombo signale notamment dans son guide généalogique des documents relatifs aux passeports, aux archives notariales, aux testaments et à différentes administrations historiques.
Ces ressources ne concernent pas nécessairement toutes les familles. Leur intérêt dépend du contexte social, géographique et chronologique.
Les archives de passeports peuvent notamment ouvrir des pistes pour étudier certaines mobilités. Le guide officiel de la Torre do Tombo référence, par exemple, un ensemble documentaire lié aux passeports du Gouvernement civil de Lisbonne couvrant une période allant de 1839 à 1984.
La présence d’un fonds dans un catalogue ne garantit cependant pas qu’il contienne un dossier pour chaque migrant, ni que tous ses documents soient immédiatement consultables.
07. Reconstituer une histoire familiale franco-portugaise : de l'indice à la preuve
La généalogie des migrations demande une démarche particulièrement rigoureuse. Les informations sont réparties entre deux pays, plusieurs administrations et parfois plusieurs langues.
Il est donc préférable de travailler progressivement, sans chercher immédiatement à remonter plusieurs siècles.
7.1. Construire une enquête à partir des documents disponibles
La première étape consiste à dresser un inventaire des documents familiaux : livret de famille, actes d’état civil, photographies, lettres, papiers d’identité anciens, documents professionnels et correspondances avec le Portugal.
Le chercheur doit ensuite établir une chronologie des événements attestés : naissance au Portugal, éventuel mariage, première présence documentée en France, adresses successives, naissance des enfants et décès.
Les renseignements contradictoires doivent être conservés dans les notes de recherche jusqu’à leur résolution. Une différence de date ou de patronyme peut résulter d’une erreur de transcription, d’une déclaration approximative ou de l’existence de deux personnes distinctes.
L’identification précise de la paroisse d’origine permettra ensuite de déterminer le dépôt d’archives portugais compétent et de poursuivre la recherche dans les registres.
Il est essentiel de noter chaque référence documentaire au fur et à mesure : un nom ajouté à l’arbre sans indication de source reste une information à vérifier.
7.2. Ne pas négliger les patronymes portugais
Les noms portugais peuvent comporter plusieurs éléments familiaux. Les pratiques de transmission et l’ordre des patronymes ne doivent pas être interprétés en appliquant automatiquement les habitudes françaises.
Dans les documents anciens, les graphies peuvent également varier. Les accents, les abréviations et les formes utilisées par les administrations françaises constituent autant de difficultés possibles.
L’identification d’une personne doit donc reposer sur plusieurs éléments concordants : noms et prénoms, filiation, lieu de naissance, âge ou date de naissance, mariage et relations familiales.
Quelques termes sont particulièrement utiles dans les registres portugais :
Ce vocabulaire facilite les premières recherches, même si les registres anciens comportent parfois d’autres formulations, des abréviations ou du latin.
7.3. Les témoignages familiaux : préserver la mémoire sans confondre souvenir et preuve
L’histoire d’une famille ne se limite pas à ses actes d’état civil.
Les descendants peuvent encore posséder des photographies de l’arrivée en France, des lettres échangées avec les proches restés au Portugal ou des souvenirs des premiers logements et des lieux de travail.
Ces documents permettent d’enrichir le récit. Un témoignage oral peut également orienter une recherche vers une localité, un employeur ou une personne jusqu’alors inconnue.
Mais le souvenir doit être distingué du fait établi. La date approximative d’une arrivée, une traversée racontée plusieurs décennies plus tard ou une parenté évoquée oralement doivent être confrontées aux sources disponibles.
C’est précisément le travail du généalogiste : transformer des indices familiaux en une histoire documentée, tout en conservant les incertitudes qui n’ont pas pu être levées.
Conclusion : Retrouver ses racines portugaises, redonner une histoire aux générations
L’immigration portugaise en France constitue bien davantage qu’un mouvement de travailleurs au cours des Trente Glorieuses. Elle raconte les transformations d’un Portugal rural et autoritaire, les besoins économiques de la France, les départs parfois clandestins et l’installation progressive de familles dont les descendants vivent aujourd’hui des deux côtés de la frontière.
Cette histoire possède une dimension généalogique remarquable. En croisant les actes français, les documents administratifs, les registres portugais et les archives familiales, il devient possible de reconstituer des parcours que la mémoire orale ne permet plus toujours de raconter entièrement.
La Fédération Française de Généalogie et les associations qui l’accompagnent ont ici un rôle essentiel : encourager des recherches rigoureuses, faciliter l’accès aux ressources documentaires et contribuer à la transmission des histoires familiales.
Car retrouver un ancêtre portugais ne consiste pas seulement à identifier un nom ou un village. C’est comprendre pourquoi une génération est partie, comment une autre s’est construite en France et de quelle manière une même histoire familiale continue de relier deux pays.
A lire également sur le sujet :
Marianne Péchereau, Retrouver ses ancêtres portugais, Archives & Culture, 2023



