Entre le milieu du XIXe siècle et le début de la Seconde Guerre mondiale, les Italiens constituent l’un des principaux groupes étrangers installés en France.
Ouvriers, mineurs, maçons, agriculteurs ou artisans participent au développement économique du pays tout en conservant souvent des liens étroits avec leur région d’origine.
Les recherches de l’historien Ralph Schor, spécialiste de l’immigration italienne en France, ont largement contribué à mieux comprendre la place occupée par ces populations dans la société française et les conditions de leur intégration.
Pour les généalogistes, cette immigration est particulièrement intéressante car elle a laissé de nombreuses traces dans les archives françaises et italiennes. Registres d’état civil, recensements, dossiers d’étrangers, naturalisations ou archives militaires permettent souvent de reconstituer avec précision le parcours d’une famille ayant quitté l’Italie pour la France.
1. Pourquoi des millions d'Italiens ont quitté leur pays au XIXe siècle ?
L’émigration italienne est l’un des plus importants mouvements migratoires de l’histoire européenne contemporaine.
Entre la seconde moitié du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle, des millions d’Italiens quittent leur région natale pour chercher du travail et de meilleures conditions de vie à l’étranger.
Si beaucoup prennent la direction des Amériques, la France devient rapidement l’une des destinations privilégiées en raison de sa proximité géographique et de ses besoins croissants en main-d’œuvre.
Cette émigration s’explique par plusieurs facteurs qui se cumulent. L’Italie connaît alors une forte croissance démographique tandis que de nombreuses régions rurales peinent à nourrir une population toujours plus nombreuse.
Les terres agricoles sont souvent insuffisantes, les crises agricoles se succèdent et les revenus demeurent faibles pour une grande partie de la population. L’unification italienne, achevée en 1871, ne résout pas immédiatement ces difficultés et entraîne même parfois de nouvelles contraintes économiques et fiscales.
Les départs concernent aussi bien les régions du Nord que celles du Sud. Le Piémont, la Lombardie, la Vénétie ou le Frioul fournissent d’importants contingents de travailleurs qui traversent régulièrement les Alpes.
Dans le Mezzogiorno, la pauvreté chronique pousse également de nombreuses familles à tenter leur chance ailleurs. Dans certains villages, l’émigration devient une véritable stratégie familiale : un membre part travailler à l’étranger afin d’envoyer de l’argent au foyer resté au pays.
La France exerce alors une forte attraction. Son industrialisation rapide, le développement des infrastructures ferroviaires, l’expansion des villes et les besoins de l’agriculture créent une demande constante de travailleurs.
Les premiers migrants ouvrent souvent la voie à leurs proches, créant des réseaux familiaux qui facilitent les installations ultérieures.
Dans un premier temps, cette migration est fréquemment saisonnière. Des hommes seuls viennent travailler quelques mois avant de retourner dans leur commune d’origine.
Progressivement, les épouses et les enfants rejoignent les premiers migrants. De simples déplacements temporaires se transforment alors en installations durables qui donneront naissance à d’importantes communautés italiennes en France.
Pour les généalogistes, comprendre ce contexte migratoire est essentiel. Il permet de mieux interpréter les déplacements observés dans les archives et d’expliquer pourquoi une même famille peut apparaître successivement dans plusieurs communes françaises tout en conservant des attaches fortes avec son village italien d’origine.

Les italiens en France

Histoire de l'immigration

Le Risorgimento, à l’origine de l’Italie contemporaine

Risorgimento
2. Où les immigrés italiens se sont-ils installés en France ?
L’installation des Italiens en France ne s’est pas faite au hasard. Elle suit étroitement les besoins économiques du pays ainsi que les possibilités offertes par les réseaux migratoires déjà constitués. Les premiers arrivants privilégient naturellement les régions proches de la frontière italienne, où les déplacements sont plus simples et moins coûteux.
2.1 Les premières zones d'installation : la frontière et le littoral méditerranéen
Les départements alpins et méditerranéens accueillent ainsi une part importante des premiers migrants. Les liens historiques entre certaines régions italiennes, notamment le Piémont ou la Ligurie, et les territoires français voisins favorisent les échanges de population depuis longtemps.
Les principaux territoires concernés sont notamment :
- les Alpes-Maritimes,
- le Var,
- la Savoie,
- la Provence,
- le littoral méditerranéen.
Dans plusieurs communes frontalières, les travailleurs italiens deviennent rapidement une composante importante de la population locale.
2.2 L'essor industriel attire une nouvelle main-d'œuvre
À mesure que l’économie française se développe, les migrants italiens gagnent d’autres régions. Les grands bassins industriels du Nord et de l’Est attirent une main-d’œuvre nombreuse pour les mines, la sidérurgie et les usines.
Les principaux pôles économiques recherchés sont alors :
- les mines du Nord,
- la sidérurgie lorraine,
- les usines de l’Est,
- la région lyonnaise en pleine expansion industrielle,
- la région parisienne et ses grands chantiers.
La région lyonnaise accueille ainsi de nombreux travailleurs venus d’Italie.
La région parisienne offre quant à elle des débouchés dans le bâtiment, les travaux publics et les services.
2.3 Le Sud-Est, principal foyer de peuplement italien
Le Sud-Est constitue l’un des principaux pôles d’installation de l’immigration italienne.
Parmi les villes qui voient se développer d’importantes communautés italiennes figurent :
- Nice,
- Marseille,
- Toulon,
- Grenoble.
Dans certaines communes des Alpes-Maritimes ou du Var, la présence italienne est si importante qu’elle marque durablement la démographie locale et l’histoire des familles.
2 .4 Des campagnes françaises également concernées
Les campagnes françaises ne sont pas en reste. De nombreux Italiens trouvent du travail dans l’agriculture et participent activement au développement de plusieurs régions françaises.
Les principaux territoires agricoles concernés sont :
- la Provence,
- la vallée du Rhône,
- le Languedoc,
- certaines zones du Sud-Ouest.
Certains restent ouvriers agricoles toute leur vie, tandis que d’autres parviennent progressivement à devenir exploitants ou propriétaires.
2 .5 Un repère précieux pour les recherches généalogiques
Pour les chercheurs en généalogie, connaître les principales zones d’installation permet d’orienter efficacement les recherches.
Une famille originaire du Piémont n’aura pas nécessairement suivi le même parcours qu’une famille venue de Sicile ou de Calabre. Les lieux de résidence successifs peuvent souvent être reconstitués grâce :
- aux recensements de population ;
- aux actes d’état civil ;
- aux dossiers administratifs ;
- aux fonds conservés dans les archives départementales.
Comprendre ces logiques d’installation permet ainsi de retrouver plus facilement la trace d’un ancêtre italien et de reconstituer son parcours entre son village d’origine et son lieu d’établissement en France.

Archives départementales des Alpes-Maritimes

Archives départementales du Nord

Archives départementales de Meurthe et Moselle

France Archives
3. Les métiers exercés par les Italiens en France
L’immigration italienne répond avant tout aux besoins économiques de la France.
Les migrants occupent souvent des emplois exigeants physiquement et parfois délaissés par une partie de la main-d’œuvre locale.
Leur contribution est particulièrement visible dans les secteurs du bâtiment, de l’industrie, des mines et de l’agriculture.
3.1. Les maçons venus du Piémont et du Frioul
Les maçons venus du Piémont ou du Frioul acquièrent rapidement une solide réputation. Ils participent à la construction de logements, de routes, de ponts et d’infrastructures ferroviaires dans de nombreuses régions françaises.
Leur savoir-faire contribue notamment à :
- la construction de logements,
- l’aménagement des routes,
- la réalisation de ponts,
- le développement des infrastructures ferroviaires.
Cette contribution participe durablement à la transformation des paysages urbains et ruraux français.
3.2. Les Italiens dans les mines, les usines et les grands chantiers
Dans les régions industrielles, les Italiens travaillent dans plusieurs secteurs essentiels à l’économie française :
- les mines,
- les usines métallurgiques,
- les grands chantiers de construction.
Les conditions de travail sont souvent difficiles, mais ces emplois offrent des revenus supérieurs à ceux qu’ils auraient pu espérer dans certaines régions d’Italie.
Cette réalité explique en grande partie la poursuite des flux migratoires pendant plusieurs décennies.
3.3. Une présence importante dans l'agriculture française
L’agriculture emploie également une part importante des migrants italiens.
Dans les exploitations agricoles françaises, les travailleurs italiens participent notamment :
- aux récoltes,
- à la viticulture,
- à l’entretien des terres.
Certains finissent par s’établir durablement et développent leur propre activité agricole. D’autres restent ouvriers agricoles tout au long de leur vie active.
3.4. Une mobilité sociale au fil des générations
Au fil des générations, la situation évolue. Les enfants nés en France bénéficient de la scolarisation et accèdent progressivement à des métiers plus diversifiés.
Beaucoup deviennent :
- commerçants,
- artisans,
- employés de bureau,
- fonctionnaires,
- membres des professions libérales.
Cette mobilité sociale constitue l’un des marqueurs les plus visibles de l’intégration des familles italiennes dans la société française.
3.5. Les professions, un repère précieux pour les généalogistes
Pour le généalogiste, les professions constituent souvent un excellent fil conducteur. Elles permettent :
- de suivre les déplacements d’une famille,
- de comprendre son environnement social,
- d’identifier plus facilement certains ancêtres dans les archives.
Les métiers mentionnés dans les actes de mariage, les recensements de population, les registres matricules militaires ou encore les dossiers de naturalisation constituent ainsi de précieux indices pour reconstituer le parcours d’une famille italienne installée en France.
Sources généalogiques utiles :
- recensements de population,
- actes de mariage,
- registres matricules militaires,
- dossiers de naturalisation.
Sources institutionnelles :
- Archives départementales,
- Archives nationales,
- Base Léonore (pour certains descendants décorés).
4. Les difficultés de l'intégration et les tensions sociales
L’installation des Italiens en France ne s’effectue pas toujours dans un climat serein. Comme de nombreux groupes immigrés avant eux, ils doivent faire face à des préjugés, à des difficultés d’intégration et parfois à une hostilité ouverte alimentée par les tensions économiques ou politiques du moment.
À la fin du XIXe siècle, la concurrence sur le marché du travail nourrit certaines inquiétudes. Dans plusieurs régions, des travailleurs étrangers sont accusés de faire pression sur les salaires ou de prendre la place des ouvriers français. Ces discours alimentent des tensions qui peuvent parfois dégénérer en violences.
L’épisode le plus connu demeure le massacre d’Aigues-Mortes en août 1893. À la suite d’affrontements entre ouvriers français et italiens employés dans les salins, plusieurs travailleurs italiens trouvent la mort. Cet événement marque durablement les relations franco-italiennes et reste aujourd’hui l’un des symboles des difficultés rencontrées par les immigrés italiens à cette époque.
Malgré ces obstacles, l’intégration progresse progressivement. Les familles italiennes s’enracinent dans les communes où elles résident, les enfants fréquentent l’école française et les mariages mixtes deviennent de plus en plus fréquents. Les naturalisations se multiplient également au fil des décennies.
La Première Guerre mondiale joue un rôle important dans ce processus. La participation de nombreux Italiens ou descendants d’Italiens à l’effort de guerre contribue à renforcer leur intégration dans la société française. À l’entre-deux-guerres, une grande partie des familles installées depuis plusieurs décennies est pleinement intégrée à la vie économique et sociale du pays.
Pour les descendants actuels, ces parcours témoignent souvent d’une histoire familiale faite à la fois de difficultés, d’adaptation et de réussite. Les archives permettent fréquemment de retrouver les traces concrètes de cette intégration progressive.

Musée national de l'immigration

Gallica (Bibliothèque nationale de France)

Archives
nationales
5. Les archives indispensables pour retrouver un ancêtre italien en France
La réussite d’une recherche généalogique repose rarement sur une seule source. Pour retrouver un ancêtre italien installé en France, il faut croiser plusieurs catégories d’archives qui permettent de suivre son arrivée, son installation, sa vie familiale et parfois son parcours de naturalisation.
L’objectif est généralement d’identifier avec certitude sa commune d’origine en Italie afin de poursuivre les recherches de l’autre côté des Alpes.
5.1 Les actes d'état civil : le point de départ incontournable
Les actes d’état civil constituent presque toujours la première étape des recherches. Les actes de mariage sont particulièrement précieux, car ils indiquent souvent la commune de naissance de l’époux ou de l’épouse, les noms des parents et parfois leur lieu de résidence.
Les actes de naissance des enfants nés en France permettent également de suivre les déplacements de la famille, tandis que les actes de décès peuvent confirmer une origine géographique ou une profession.
Avant toute autre démarche, il est donc recommandé de réunir l’ensemble des actes disponibles concernant la famille recherchée.
5.2 Les recensements de population : suivre la famille dans le temps
Les recensements permettent de localiser une famille à différentes dates et de reconstituer son évolution au fil des années.
Ils indiquent généralement :
- la composition du foyer,
- l’âge des personnes recensées,
- leur profession,
- leur nationalité,
- parfois leur lieu de naissance.
Ces documents sont particulièrement utiles lorsque la famille a changé plusieurs fois de commune ou de département.
5.3 Les dossiers d'étrangers : une source souvent sous-exploitée
Dans de nombreux départements, les préfectures et les services de police ont constitué des dossiers concernant les étrangers résidant sur leur territoire.
Selon les périodes et les fonds conservés, on peut y trouver :
- des déclarations de résidence,
- des cartes d’identité d’étranger,
- des formulaires administratifs,
- des photographies,
- des correspondances avec l’administration.
Ces dossiers apportent souvent des informations absentes de l’état civil.
5.4 Les dossiers de naturalisation : parmi les sources les plus riches
Lorsqu’un immigrant italien a demandé la nationalité française, son dossier de naturalisation peut contenir une quantité remarquable d’informations.
On y trouve fréquemment :
- la date et le lieu de naissance ;
- les adresses successives ;
- la composition de la famille ;
- la profession ;
- des renseignements sur le parcours migratoire.
5.5 Les registres matricules militaires : suivre un homme tout au long de sa vie
Les registres matricules militaires sont une source majeure pour les hommes ayant vécu en France. Ils fournissent souvent une description physique détaillée, les domiciles successifs, le niveau d’instruction, la profession et les différentes étapes du parcours militaire.
Pour les descendants d’immigrés italiens naturalisés ou nés en France, ces registres permettent fréquemment de reconstituer plusieurs décennies de vie administrative.
5.6 Les listes électorales : confirmer une présence locale
Après une naturalisation, les listes électorales permettent de vérifier la présence d’une personne dans une commune à une date donnée.
Elles sont particulièrement utiles pour :
- confirmer une résidence ;
- suivre les déplacements d’une famille ;
- compléter les informations issues des recensements et de l’état civil.
6. Comment poursuivre les recherches dans les archives italiennes ?
Une fois la commune d’origine identifiée grâce aux archives françaises, les recherches doivent se poursuivre en Italie.
Cette étape est essentielle car elle permet souvent de remonter plusieurs générations supplémentaires et de replacer la famille dans son contexte local d’origine.
Beaucoup de généalogistes s’arrêtent après avoir retrouvé le village natal d’un ancêtre. Pourtant, c’est souvent à partir de ce moment que les découvertes les plus intéressantes deviennent possibles.
Les archives italiennes conservent une documentation abondante qui permet de suivre les familles bien avant leur départ vers la France.
6.1 Le portail Antenati
Le portail officiel des Archives d’État italiennes est aujourd’hui l’une des ressources les plus importantes pour la recherche généalogique en Italie.
On y trouve notamment :
- actes de naissance,
- actes de mariage,
- actes de décès,
- registres militaires,
- listes de population selon les provinces.
Selon les territoires, la couverture documentaire peut varier, mais le portail continue de s’enrichir régulièrement.
6.2 Les Archives d'État italiennes
Chaque province italienne dispose généralement d’un Archivio di Stato conservant des fonds administratifs, judiciaires et parfois généalogiques particulièrement utiles.
Portail officiel :
Ces institutions peuvent également orienter les chercheurs vers d’autres services d’archives locaux lorsque les documents recherchés ne sont pas conservés dans leurs collections.
Cette ressource peut compléter efficacement les recherches menées sur Antenati.
Les archives paroissiales
Pour les périodes antérieures à l’état civil, les registres paroissiaux demeurent souvent la principale source disponible. Ils permettent de retrouver les baptêmes, les mariages et les sépultures sur plusieurs siècles.
L’accès à ces documents dépend des diocèses et des paroisses concernées, mais ils constituent souvent une étape incontournable pour remonter avant le XIXe siècle.
6.3 Les registres militaires italiens
Les listes de conscription et les fogli matricolari apportent souvent des informations très détaillées sur les hommes ayant effectué leur service militaire.
Ils peuvent notamment mentionner :
- la description physique,
- le parcours militaire,
- les changements de résidence.
Ces documents sont particulièrement utiles pour suivre les individus ayant quitté l’Italie avant ou après leur période de service.
6.4 FamilySearch
De nombreux registres italiens ont été numérisés ou indexés par FamilySearch, ce qui facilite considérablement les recherches à distance.

Portale Antenati : Langue française

Direzione generale Archivi

Ministero della Difesas : fogli matricolari

Family Search


