Les archives militaires figurent parmi les sources les plus riches dont disposent aujourd’hui les généalogistes. Longtemps perçues comme des documents réservés aux historiens ou aux spécialistes des conflits, elles permettent pourtant de retracer avec précision le parcours d’un ancêtre, de comprendre son quotidien, d’identifier ses déplacements et parfois même de reconstituer des épisodes entiers de son existence.
Pour de nombreuses familles françaises, les guerres, le service militaire ou les campagnes outre-mer ont laissé des traces profondes dans les archives. Qu’il s’agisse d’un conscrit de la Troisième République, d’un combattant de la Première Guerre mondiale, d’un prisonnier de guerre, d’un soldat des troupes coloniales ou d’un officier de carrière, chacun a pu générer des documents aujourd’hui conservés dans différents fonds d’archives.
Ces sources présentent également un intérêt qui dépasse largement le cadre militaire. Les fiches matricules, les dossiers de pension, les archives hospitalières ou les dossiers de décorations contiennent souvent des renseignements précieux sur la vie familiale, la profession, le niveau d’instruction, l’état de santé ou encore les lieux de résidence d’un individu.
L’objectif de cet article est donc de présenter les principales ressources militaires accessibles aux généalogistes, d’expliquer leur fonctionnement et de proposer une méthode de recherche permettant de reconstituer le plus fidèlement possible la vie d’un ancêtre soldat.
1. Pourquoi les archives militaires sont essentielles pour les généalogistes ?
Avant d’explorer les différentes archives militaires disponibles, il est utile de situer les principaux conflits ayant généré la majorité des documents aujourd’hui consultés par les généalogistes. Chaque période possède ses propres fonds, ses spécificités administratives et ses ressources de recherche.
| Conflit | Période | Intérêt généalogique |
| Guerre franco-prussienne | 1870-1871 | Premières grandes archives militaires contemporaines |
| Première Guerre mondiale | 1914-1918 | Fiches matricules, JMO, prisonniers, sépultures |
| Seconde Guerre mondiale | 1939-1945 | Captivité, Résistance, sépultures |
| Guerre d’Indochine | 1946-1954 | SHD, dossiers militaires |
| Guerre d’Algérie | 1954-1962 | SHD, archives contemporaines |
Les archives militaires constituent l’une des rares catégories documentaires capables de suivre un individu durant plusieurs années de sa vie adulte. Alors que les actes d’état civil fournissent essentiellement des informations ponctuelles, naissance, mariage ou décès, les documents militaires permettent souvent d’observer une trajectoire complète.
Depuis la loi du 27 juillet 1872 instaurant le service militaire obligatoire, chaque jeune homme français est recensé, examiné, enregistré puis affecté à une unité. Cette organisation a produit une quantité considérable d’archives aujourd’hui conservées par les services d’archives départementales et par le Service historique de la Défense.
Les registres matricules militaires demeurent la porte d’entrée privilégiée pour toute recherche. Ils contiennent généralement :
- l’état civil complet du conscrit,
- sa filiation,
- son adresse de résidence,
- sa profession,
- son niveau d’instruction,
- son signalement physique,
- ses différentes affectations,
- ses campagnes militaires,
- ses blessures éventuelles,
- ses décorations,
- ses changements de domicile.
Mais les archives militaires ne se limitent pas aux registres matricules.
Elles regroupent également :
- les Journaux de marche et opérations (JMO),
- les dossiers de décorations,
- les archives hospitalières militaires,
- les dossiers de pension,
- les archives de prisonniers de guerre,
- les archives des sépultures militaires,
- les archives des unités coloniales,
- les dossiers individuels conservés par le Service historique de la Défense.
Pour le généalogiste, l’intérêt est considérable. Ces documents permettent non seulement de retracer un parcours militaire mais également de mieux comprendre le contexte familial dans lequel évoluait l’ancêtre recherché.
Une blessure de guerre, une longue captivité, une décoration ou une mutation géographique peuvent ainsi expliquer certains événements observés dans les archives civiles.
Les archives militaires constituent donc un véritable trait d’union entre l’histoire individuelle, l’histoire familiale et l’histoire nationale.

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Conflits et opérations
2. Les Journaux de marche et opérations : suivre son ancêtre presque au jour le jour
L’une des ressources les plus méconnues du grand public est sans doute constituée par les Journaux de marche et opérations, plus communément appelés JMO.
Créés afin de conserver la mémoire des activités des unités militaires, ces journaux relatent quotidiennement les opérations menées sur le terrain. Ils permettent aujourd’hui de replacer un ancêtre dans son environnement militaire avec un niveau de détail souvent remarquable.
Contrairement à une fiche matricule qui résume une carrière en quelques lignes, un JMO décrit les événements vécus par une unité presque jour après jour.
On y retrouve notamment :
- les déplacements des régiments,
- les positions occupées,
- les combats engagés,
- les pertes subies,
- les ordres reçus,
- les conditions météorologiques,
- les difficultés logistiques,
- les mouvements de troupes.
Pour exploiter un JMO, il est généralement nécessaire d’avoir préalablement identifié le régiment ou l’unité de son ancêtre grâce à sa fiche matricule.
Une fois cette information obtenue, le chercheur peut consulter les journaux disponibles sur le portail Mémoire des Hommes et suivre les événements auxquels l’unité a participé.
Cette démarche permet souvent de comprendre l’origine :
- d’une blessure,
- d’une citation,
- d’une disparition,
- d’une capture,
- d’un décès au combat,
- d’une mutation vers une autre unité.
Même lorsque le nom du soldat n’apparaît pas directement dans le journal, le contexte fourni par ces documents est souvent indispensable pour reconstituer son expérience militaire.
Les JMO constituent ainsi un complément essentiel aux registres matricules. Ensemble, ils permettent de passer d’une simple succession de dates à une véritable reconstitution historique du parcours d’un ancêtre.
3. Décrypter une fiche matricule militaire : les informations que les généalogistes oublient souvent d'exploiter
Pour de nombreux chercheurs, la découverte d’une fiche matricule marque l’aboutissement des recherches militaires. En réalité, ce document constitue souvent le point de départ d’une enquête beaucoup plus approfondie.
Les registres matricules militaires sont issus de l’organisation du recrutement militaire mise en place progressivement au cours du XIXe siècle. Ils regroupent, pour chaque conscrit, des informations administratives, physiques et militaires particulièrement utiles aux recherches généalogiques.
3.1 Comprendre la classe de recrutement
L’une des premières informations figurant sur une fiche matricule est la classe de recrutement.
Contrairement à une idée répandue, elle ne correspond pas à l’année d’incorporation mais à l’année au cours de laquelle le conscrit atteint l’âge de vingt ans.
Ainsi :
- une personne née en 1885 appartient généralement à la classe 1905,
- une personne née en 1894 appartient généralement à la classe 1914,
- une personne née en 1920 appartient généralement à la classe 1940.
Cette donnée est essentielle puisqu’elle permet d’orienter rapidement les recherches vers les registres appropriés.
3.2 Le bureau de recrutement : une information déterminante
Chaque conscrit dépendait d’un bureau de recrutement militaire correspondant à son lieu de résidence au moment du recensement.
Cette précision est capitale car les registres sont généralement classés par bureau avant d’être classés par numéro matricule.
Les Archives départementales conservent aujourd’hui la majorité de ces fonds.
3.3 Le signalement physique : une photographie avant l'heure
Les fiches matricules comportent souvent un signalement physique très détaillé.
On y trouve fréquemment :
- la taille,
- la couleur des yeux,
- la couleur des cheveux,
- la forme du visage,
- la forme du nez,
- certaines particularités physiques.
Pour les périodes antérieures à la photographie généralisée, ces descriptions constituent parfois la seule représentation physique connue d’un ancêtre.
3.4 Le degré d'instruction : un indicateur social précieux
Souvent négligée, la rubrique relative au niveau d’instruction fournit pourtant de précieuses indications sur le milieu social de la famille.
Le système utilisé repose sur plusieurs niveaux :
- niveau 0 : ne sait ni lire ni écrire,
- niveau 1 : sait lire seulement,
- niveau 2 : sait lire et écrire,
- niveau 3 : possède une instruction primaire développée,
- niveau 4 : titulaire du brevet ou niveau équivalent,
- niveau 5 : instruction supérieure.
Cette information permet souvent de mieux comprendre l’environnement familial, les perspectives professionnelles ou encore le niveau d’alphabétisation d’une branche familiale.
3.5 Les affectations successives
La rubrique des affectations militaires constitue souvent le cœur du document.
Elle permet de suivre :
- les régiments d’appartenance,
- les changements d’unités,
- les passages dans la réserve,
- les périodes de mobilisation,
- les mutations administratives.
Ces informations servent ensuite à identifier les Journaux de marche et opérations à consulter.
3.6 Campagnes, blessures et citations
Les fiches matricules recensent généralement :
- les campagnes militaires,
- les blessures reçues,
- les hospitalisations,
- les citations,
- les décorations.
On peut ainsi retrouver des mentions telles que :
- « Blessé au combat »,
- « Évacué pour maladie »,
- « Cité à l’ordre du régiment »,
- « Médaille militaire »,
- « Croix de Guerre ».
Ces indications ouvrent souvent la voie vers d’autres fonds documentaires spécialisés.
3.7 Les changements de domicile : une mine pour les généalogistes
L’un des apports les plus sous-estimés des registres matricules réside dans le suivi des changements de résidence.
Après leur service militaire, les anciens conscrits devaient régulièrement signaler leurs déménagements à l’administration militaire.
Certaines fiches permettent ainsi de suivre plusieurs décennies de déplacements géographiques.
Pour les périodes où les recensements de population sont incomplets ou absents, ces informations peuvent devenir extrêmement précieuses.
3.8 Une source qui dépasse largement le cadre militaire
Une fiche matricule ne raconte pas seulement la carrière militaire d’un individu.
Elle permet souvent de mieux comprendre :
- son niveau social,
- sa mobilité géographique,
- son état de santé,
- son niveau d’éducation,
- son environnement familial,
- son parcours professionnel.
C’est pourquoi elle constitue souvent l’une des sources les plus riches de toute recherche généalogique contemporaine.
4. Les décorations militaires : retracer les actes remarquables d'un ancêtre
Lorsqu’un ancêtre a reçu une décoration militaire, celle-ci représente bien davantage qu’une simple distinction honorifique. Elle peut conduire à des dossiers particulièrement riches et parfois très détaillés.
Les décorations militaires récompensent généralement :
- un acte de bravoure,
- une conduite exemplaire,
- des services exceptionnels,
- une ancienneté remarquable,
- des blessures reçues au combat.
Pour le généalogiste, elles constituent souvent une porte d’entrée vers des archives complémentaires.
4.1 La Croix de Guerre
Créée en 1915, la Croix de Guerre récompense les actes de courage accomplis pendant les conflits.
Les citations qui l’accompagnent décrivent souvent précisément les circonstances ayant conduit à son attribution.
4.2 La Médaille militaire
Instituée en 1852, la Médaille militaire est l’une des plus prestigieuses distinctions françaises attribuées aux sous-officiers et soldats.
Son attribution est généralement documentée par des archives administratives particulièrement intéressantes.
4.3 La Légion d'honneur
Créée par Napoléon Bonaparte en 1802, la Légion d’honneur dispose d’une documentation abondante.
La base Léonore permet notamment de consulter de nombreux dossiers numérisés de décorés.
4.4 Les citations militaires
Certaines citations sont particulièrement précieuses car elles relatent directement les faits accomplis par le militaire concerné.
On peut y découvrir :
- des actions de combat,
- des opérations de sauvetage,
- des faits de résistance,
- des actes de commandement remarquables.
Ces documents permettent parfois de reconstituer un épisode précis de la vie d’un ancêtre avec un niveau de détail rarement atteint dans d’autres archives.
4.5 Où rechercher ces informations ?
Les principales ressources sont :
- la base Léonore,
- le portail Mémoire des Hommes,
- le Service historique de la Défense,
- les Archives nationales,
- certaines archives départementales.
Croisées avec la fiche matricule, les dossiers individuels et les archives opérationnelles, elles permettent souvent de reconstituer avec précision les circonstances ayant conduit à l’attribution d’une distinction.
5. Les prisonniers de guerre et internés : des parcours souvent oubliés
Les conflits contemporains ont concerné des millions de soldats français, mais tous n’ont pas connu le front de la même manière. De nombreux militaires ont été faits prisonniers, internés ou retenus dans des camps parfois durant plusieurs années.
Pour les descendants, cette période demeure souvent mal connue alors même qu’elle a profondément marqué la vie familiale.
Les archives relatives aux prisonniers de guerre permettent aujourd’hui de retrouver des informations parfois très précises sur ces parcours individuels.
5.1. Les prisonniers de la guerre franco-prussienne de 1870-1871
La guerre franco-prussienne a entraîné la capture de dizaines de milliers de soldats français.
Diverses archives conservent aujourd’hui :
- des listes nominatives,
- des correspondances administratives,
- des registres de captivité,
- des dossiers de rapatriement.
Même lorsque les informations sont fragmentaires, elles permettent souvent de compléter une biographie familiale.
5.2. Les prisonniers de la Première Guerre mondiale
Entre 1914 et 1918, plusieurs centaines de milliers de soldats français furent détenus dans des camps allemands.
Leurs parcours ont généré une documentation importante :
- fiches individuelles,
- listes de prisonniers,
- dossiers de rapatriement,
- correspondances diplomatiques,
- registres de détention.
Les archives numérisées du CICR constituent aujourd’hui une ressource majeure pour les chercheurs.
5.3. Les prisonniers de la Seconde Guerre mondiale
La campagne de France de 1940 provoqua la capture de près de deux millions de militaires français.
Nombre d’entre eux furent transférés dans les Stalags ou les Oflags situés en Allemagne et dans les territoires occupés.
Les archives peuvent notamment révéler :
- le camp de détention,
- les dates de captivité,
- les transferts successifs,
- les tentatives d’évasion,
- les rapatriements.
Ces éléments permettent souvent d’expliquer plusieurs années d’absence dans la vie familiale.
5.4. Les travailleurs requis et internés civils
Selon les situations historiques, certaines familles peuvent également être confrontées à des archives concernant :
- les requis du Service du travail obligatoire (STO),
- les internés civils,
- les personnes déplacées,
- les travailleurs forcés.
Ces parcours relèvent parfois d’institutions différentes mais peuvent compléter utilement l’histoire familiale.
5.5. Pourquoi ces archives sont-elles importantes pour les généalogistes ?
Une période de captivité peut expliquer :
- une interruption professionnelle,
- un mariage retardé,
- une naissance différée,
- un changement de résidence,
- des difficultés économiques durables.
Ces archives permettent ainsi de replacer certains événements familiaux dans leur contexte historique.
6. Blessés, invalides et hôpitaux militaires : retrouver les traces d'un parcours médical
Les guerres ont laissé des séquelles durables sur plusieurs générations. Derrière chaque blessure ou maladie contractée en service se cache souvent une documentation administrative importante.
Pour le généalogiste, ces archives représentent une source souvent méconnue mais particulièrement riche.
6.1. Les registres des hôpitaux militaires
Lorsqu’un soldat était blessé ou malade, son admission dans un établissement militaire pouvait générer différents documents :
- registre d’entrée,
- registre de sortie,
- fiche médicale,
- dossier administratif,
- correspondance militaire.
La conservation de ces documents varie selon les périodes et les établissements.
6.2. Les pensions militaires
Les militaires blessés ou invalides pouvaient bénéficier d’une pension accordée par l’État.
Ces dossiers comportent parfois :
- des rapports médicaux ;
- des certificats de blessure ;
- des expertises ;
- des décisions administratives ;
- des informations sur la situation familiale.
Ils permettent souvent de comprendre les conséquences concrètes d’une guerre sur la vie quotidienne d’un ancêtre.
6.3. Les réformes et exemptions
Les fiches matricules comportent fréquemment des mentions telles que :
- « Réformé temporairement »,
- « Réformé définitivement »,
- « Exempté »,
- « Inapte au service ».
Ces annotations renvoient parfois à des dossiers complémentaires conservés dans les fonds militaires ou administratifs.
6.4. Comprendre l'état de santé d'un ancêtre
Les archives médicales permettent parfois d’identifier :
- une blessure de guerre,
- une maladie contractée en campagne,
- une invalidité permanente,
- une incapacité professionnelle.
Ces éléments peuvent éclairer des situations familiales parfois difficiles à comprendre à partir des seules archives civiles.
6.5. Une source essentielle pour comprendre l'après-guerre
La fin d’un conflit ne marque pas toujours la fin de ses conséquences.
Les dossiers de pension ou d’invalidité montrent souvent comment un ancien combattant a dû reconstruire sa vie après son retour.
Pour le généalogiste, ils constituent une passerelle précieuse entre l’histoire militaire et l’histoire familiale.
7. Les soldats des troupes coloniales : des recherches spécifiques et souvent complexes
L’histoire militaire française ne se limite pas aux unités stationnées en métropole. Dès le XIXe siècle et jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, l’armée française recrute, administre ou emploie des centaines de milliers d’hommes originaires des territoires coloniaux ou affectés dans les colonies.
Pour les généalogistes, ces parcours représentent une formidable source d’informations, mais également un domaine de recherche parfois complexe en raison des évolutions administratives, des changements de frontières et de la dispersion des archives.
7.1. Comprendre l'organisation des troupes coloniales
Sous l’appellation générale de « troupes coloniales » se cachent en réalité des situations très différentes.
On distingue notamment :
- les tirailleurs sénégalais recrutés en Afrique occidentale française,
- les tirailleurs algériens et tunisiens,
- les tirailleurs marocains,
- les spahis,
- les zouaves,
- les unités stationnées dans les colonies,
- les troupes coloniales d’Afrique équatoriale française,
- certaines formations d’Indochine et du Pacifique.
7.2. L'Afrique occidentale française (AOF)
Créée en 1895, l’Afrique occidentale française regroupait plusieurs territoires aujourd’hui indépendants :
- Sénégal ;
- Mauritanie ;
- Soudan français (Mali) ;
- Guinée ;
- Côte d’Ivoire ;
- Niger ;
- Haute-Volta (Burkina Faso) ;
- Dahomey (Bénin).
7.3. L'Afrique équatoriale française (AEF)
L’Afrique équatoriale française regroupait :
- le Gabon,
- le Moyen-Congo (République du Congo),
- l’Oubangui-Chari (République centrafricaine),
- le Tchad.
Les archives militaires relatives à ces territoires peuvent contenir :
- des dossiers individuels,
- des états signalétiques,
- des listes de recrutement,
- des archives administratives.
Ces documents permettent souvent de reconstituer des parcours familiaux rarement documentés dans les archives civiles.
7.4. Les régiments nord-africains
Les recherches concernant les soldats originaires d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie présentent des particularités propres.
Les généalogistes rencontrent régulièrement :
- des changements de statut administratif ;
- des orthographes variables ;
- plusieurs systèmes de transcription des noms ;
- des modifications de limites territoriales.
Les tirailleurs algériens, les spahis ou les zouaves ont laissé une documentation abondante, mais parfois complexe à exploiter.
7.5. Les Archives nationales d'outre-mer : une ressource incontournable
Pour toute recherche concernant les territoires coloniaux français, les Archives nationales d’outre-mer (ANOM) constituent une étape essentielle.
Les fonds conservés à Aix-en-Provence permettent notamment d’accéder à :
- des archives administratives,
- des dossiers militaires,
- des recensements,
- des registres d’état civil,
- des documents relatifs aux anciens territoires français.
7.6. Les difficultés liées aux patronymes
L’une des principales difficultés rencontrées par les chercheurs concerne les variations de noms.
Selon les périodes et les administrations, un même individu peut apparaître sous plusieurs orthographes différentes.
Les raisons sont nombreuses :
- transcription phonétique,
- francisation des noms,
- erreurs de copie,
- changement de langue administrative,
- évolution des usages locaux.
Il est donc recommandé d’élargir systématiquement les recherches à plusieurs variantes orthographiques.
7.7. Les changements administratifs et territoriaux
Les frontières, les noms des territoires et les structures administratives ont fortement évolué au cours des XIXe et XXe siècles.
Un ancêtre né dans une colonie française peut ainsi apparaître dans des archives conservées aujourd’hui :
- en France,
- dans le pays devenu indépendant,
- dans plusieurs services d’archives différents.
Cette réalité explique pourquoi certaines recherches nécessitent parfois de croiser plusieurs fonds documentaires.
7.8. Une mémoire familiale encore largement à explorer
Les archives des troupes coloniales constituent un champ de recherche encore relativement peu exploité par les généalogistes.
Elles permettent pourtant d’aborder :
- les migrations,
- les parcours militaires outre-mer,
- les liens entre continents,
- les conséquences familiales des conflits,
- l’histoire des populations coloniales et postcoloniales.
À ce titre, elles représentent aujourd’hui l’un des domaines les plus prometteurs pour renouveler les recherches généalogiques militaires.
8. Les sépultures militaires et la mémoire des morts : retrouver la trace des disparus
Pour de nombreuses familles, les archives militaires constituent parfois la seule voie permettant de comprendre les circonstances du décès d’un ancêtre disparu pendant un conflit.
Les guerres des XIXe et XXe siècles ont entraîné la création de nombreux dispositifs destinés à identifier, recenser et honorer les militaires morts en service.
Ces archives permettent aujourd’hui aux généalogistes de retrouver des informations souvent absentes des documents d’état civil traditionnels.
8.1. La mention « Mort pour la France »
Créée par la loi du 2 juillet 1915, la mention « Mort pour la France » est attribuée aux personnes décédées dans certaines circonstances liées aux conflits armés.
Cette reconnaissance officielle a donné lieu à la constitution de nombreux dossiers administratifs.
8.2. La base Mémoire des Hommes
Le portail Mémoire des Hommes constitue aujourd’hui l’une des principales ressources pour les recherches militaires françaises.
Il permet notamment de consulter des bases nominatives relatives :
- aux Morts pour la France de la Première Guerre mondiale,
- aux Morts pour la France de la Seconde Guerre mondiale,
- aux victimes de conflits plus récents,
- aux sépultures de guerre,
- aux unités militaires.
8.3. Les nécropoles nationales et carrés militaires
De nombreux soldats reposent aujourd’hui dans :
- des nécropoles nationales,
- des carrés militaires communaux,
- des cimetières militaires français à l’étranger.
Leur localisation permet souvent d’enrichir considérablement l’histoire familiale.
8.4. Comprendre les circonstances d'un décès
Le croisement entre :
- la fiche matricule,
- les Journaux de marche et opérations,
- les bases mémorielles,
- les actes d’état civil.
permet parfois de reconstituer avec précision les circonstances ayant conduit au décès d’un ancêtre.
Cette démarche contribue à replacer un destin individuel dans l’histoire collective du pays.
9. Quand les archives militaires racontent aussi l'histoire familiale
Les archives militaires ne concernent pas uniquement les conflits ou les opérations militaires. Elles constituent également une source exceptionnelle pour mieux comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres.
C’est souvent cette dimension qui surprend le plus les généalogistes.
9.1. Une photographie sociale de la famille
Les documents militaires permettent fréquemment de connaître :
- le métier exercé,
- le niveau d’instruction,
- le lieu de résidence,
- la situation familiale,
- l’état de santé général.
Ces informations offrent un éclairage précieux sur le cadre de vie d’une famille à une époque donnée.
9.2. Les déménagements et la mobilité géographique
Les changements de domicile consignés dans les fiches matricules permettent parfois de suivre un individu pendant plusieurs décennies.
Pour certaines périodes où les recensements sont incomplets ou difficiles d’accès, ces renseignements constituent une source particulièrement utile.
9.3. L'impact des guerres sur les familles
Les archives militaires permettent également d’identifier les conséquences concrètes des conflits :
- veuvages,
- orphelinats,
- déménagements,
- changements professionnels,
- invalidités,
- difficultés économiques.
L’histoire militaire rejoint alors pleinement l’histoire familiale.
9.4. Le cas particulier des Pupilles de la Nation
Les Pupilles de la Nation occupent une place particulière dans l’histoire des familles touchées par les conflits.
Institué par la loi du 27 juillet 1917, ce statut visait à protéger les enfants dont les parents avaient été victimes de la guerre.
Les dossiers produits dans ce cadre contiennent souvent des informations précieuses pour les généalogistes.
Pour approfondir ce sujet, nous vous invitons à consulter notre article consacré aux Pupilles de la Nation et à leur intérêt généalogique.
9.5. Une histoire humaine avant tout
Derrière chaque matricule, chaque citation ou chaque dossier militaire se trouve une histoire familiale.
Les archives militaires permettent ainsi de dépasser les simples dates pour retrouver des parcours de vie, des choix individuels, des épreuves et parfois des actes de courage qui ont marqué durablement plusieurs générations.
10. Les principales ressources pour débuter ses recherches
Face à la richesse des archives militaires françaises, il peut être difficile de savoir par où commencer.
Voici les principales ressources à connaître.
| Ressource | Documents disponibles | Utilisation principale | Niveau d’intérêt |
| Service historique de la Défense (SHD) | Dossiers individuels, archives d’unités, documents administratifs, archives opérationnelles | Reconstituer un parcours militaire complet et accéder aux dossiers spécialisés | ⭐⭐⭐⭐⭐ Indispensable |
| Mémoire des Hommes | Journaux de marche et opérations (JMO), Morts pour la France, bases nominatives | Suivre les unités militaires et retrouver les soldats décédés | ⭐⭐⭐⭐⭐ Indispensable |
| Archives départementales | Registres matricules, recensements militaires, recrutements | Point d’entrée de toute recherche militaire | ⭐⭐⭐⭐⭐ Indispensable |
| FranceArchives | Inventaires, orientation vers les services d’archives compétents | Identifier rapidement où sont conservés les documents recherchés | ⭐⭐⭐⭐ Très utile |
| Archives nationales d'outre-mer (ANOM) | Archives coloniales, dossiers militaires outre-mer, état civil colonial | Recherches concernant les colonies françaises et les troupes coloniales | ⭐⭐⭐⭐ Très utile |
| Comité international de la Croix-Rouge (CICR) | Fiches de prisonniers de guerre, dossiers de captivité, rapatriements | Retrouver le parcours des prisonniers de guerre | ⭐⭐⭐⭐ Très utile |



